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Hadrien

Lalagüe


La forêt amazonienne s’étend sur plus de 5,5 millions de kilomètres carré. C'est un territoire immense qui regroupe la plus grande diversité d’êtres vivants et paradoxalement un des moins étudié et compris.

Les arbres sont au cœur de cet écosystème, ils protègent les sols des fortes pluies ainsi que du rayonnement solaire très puissant au niveau de l’équateur. Dans l'ombre de cette canopée, avec une forte humidité et une température moyenne de 26°c ,une vie luxuriante et unique s'est développée. Une étude récente indique que la forêt amazonienne regroupe environ 16000 espèces d'arbres mais que seulement 227 occupent la moitié du couvert végétal*. Maintenant nous avons une meilleure idée de la diversité et de la répartition des arbres tropicaux. Mais nous comprenons encore très mal comment les arbres s'adaptent de leur vivant aux variations rapides de leur environnement (on parle alors de plasticité) et comment ils s'adaptent, évoluent, au fil des générations.

Une des principales propriétés des arbres est leur longévité. Ils nous apparaissent immortels car survivent à plusieurs générations d'humains et leur environnement nous apparaît comme le nôtre, c'est à dire constant. Mais l'homme a récemment prit conscience que l’environnement n'est pas stable, que le climat pouvait varier fortement et cela l'inquiète. Comment les arbres se sont adaptés aux changements passés et donc comment s'adapteront-ils aux changements futurs?

Afin d'apporter des éléments de réponse à cette question fondamentale, les scientifiques étudient les caractéristiques physiologiques et génétiques d'arbres vivant dans des environnements contrastés.
Dans cet objectif, une campagne d'échantillonnages et de mesures fut réalisée sur une espèce d’arbre, le wapa (Eperua falcata). Des caractéristiques physiologiques furent mesurées sur des arbres génétiquement proches mais vivants dans des zones fréquemment inondées ou au contraire des zones bien drainées. Cette étude n'est pas isolée mais vient en complément des nombreuses études déjà réalisées sur ces arbres.
Je présente ici quelques images d'une partie de ce travail, la récolte de feuilles aux sommets des arbres.
Pour pouvoir grimper en toute sécurité dans l'arbre, on commence par lancer à l'aide d'une puissante fronde un poids attaché à une cordelette par dessus une grosse branche située à une hauteur entre 20 et 25 mètres. Ensuite on attache la corde de grimpe à une extrémité de la cordelette, et en tirant sur celle-ci on fait passer la corde sur la grosse branche. Une fois la corde suspendue à la branche, une extrémité est attachée à un tronc et le grimpeur peut commencer à se hisser sur l'autre extrémité pendante de la corde. Une fois arrivé en haut, le grimpeur commence une délicate progression de branches en branches afin d'arriver aux feuilles exposées à la lumière. Les nombreuses remontées sur la corde est un exercice épuisant dans un environnement chaud et très humide. Mais le principal facteur limitant vient de la dense végétation qui rend tout plus compliqué. A cela s'ajoutent les nombreuses variétés de fourmis vivants dans les plantes épiphytes et dans le bois mort et qui une fois dérangées, n’hésitent pas à attaquer, à mordre et injecter une riche diversité de produits chimique. Les tailles des feuilles des épiphytes, à droite du grimpeur dans la photo ci dessous sont sans commune mesure. Dans la journée, la quantité de chlorophylle dans les feuilles récoltées est mesurée ainsi que leur épaisseur et le soir, les feuilles sont scannées. Les deux camps de base des deux semaines d'échantillonnage. Un de ces camps se situe à proximité d'une rivière, idéale pour aller se rafraîchir au milieu des piranhas. Mais les doigts de pieds ne sont pas un appât efficace, rien ne vaut des têtes et abats de poulets accrochés à l'hameçon.
Et pour finir, deux courtes vidéos :




* ter Steege et al. 2013 Hyperdominance in the Amazonian Tree Flora. Science, 342 (6156)